Lire des extraits
La lune brillait faiblement dans le ciel d’encre.
J'avais arrimé la barque sur le port lugubre.
Grenaye.
Berceau de mon enfance, située à quelques flots de la capitale de mon continent, Yuston, l'île était le dernier morceau de terre méridional. Plus au Sud, l'immensité de l'océan représentait pour nous, l'infini.
Le crépuscule se consumait à petit feu et le clocher du hameau autrefois serein, sonnait dix heures du soir. Seules les torches accrochées aux façades lézardées repoussaient encore un peu l’obscurité. De rares insulaires pour la plupart au crépuscule de leur vie, arpentaient les rues tout en regardant autour d'eux à chaque instant, de crainte d'être observés.
Du haut de mes 23 ans, je n'avais jamais vu Grenaye dans un tel état de misère. En marchant dans les ruelles près du petit port, je voyais les algues ramper sur les berges et jusqu'aux perrons des maisons. Les potagers des petits jardins étaient à l'abandon pendant que les derniers citronniers de l'été se laissaient endormir et dépérir, abandonnant leurs dernières feuilles soufflées par la brise iodée.
Les temps avaient bien changé.